Boussole interne et diffusion de l’Amour

On n’aime pas écouter notre Boussole interne. Peut-être parce que, souvent, elle veut nous amener à servir autrui plutôt que nous-même. Peut-être parce qu’elle nous pousse à chercher ce que l’on peut apporter aux autres, plutôt que de trouver un boulot qui nous rapportera plus et immédiatement (notamment en terme de reconnaissance).

Elle nous rend vulnérable. Elle nous pousse à donner, à aimer notre prochain. Elle nous pousse à nous ouvrir à l’autre, à nous mettre en danger pour l’autre. Elle nous pousse à essayer de comprendre l’autre, d’apprendre à le connaître. Autant de choses que ne nous enseigne pas, voire rejette et dénigre, notre société. La vulnérabilité est pointée du doigt, on l’évite, on la fuie. Nous sommes incités à uniquement prendre, à consommer tout et même les autres (en sachant qu’un produit de consommation est par nature éphémère puisqu’il se consomme), à n’aimer que nous même, à rester centré sur nous-même.

Pourtant, ce vers quoi notre boussole veut nous guider est peut-être tout ce qu’il manque à ce monde : l’amour, dans son sens le plus profond.

J’ai entendu, il y a peu de temps, une philosophe allemande au CV impressionnant (élève d’Habermas – théoricien en philosophie éthique, études à Harvard, enseignante à Yale) dire qu’il fallait accepter que l’autre soit différent et vive une vie différente. J’était plutôt d’accord, jusqu’à ce qu’elle dise « on n’est pas obligé de s’aimer »… Ces mots m’ont scotchée sur place. Je n’imaginais pas qu’une personne avec un tel CV puisse dire une chose pareille, notamment une philosophe. Je m’explique.

Tout d’abord, il faut souligner que je suis forcément attentive à ce qu’un philosophe, c’est à dire une personne qui développe et travaille des concepts, va dire. Ensuite, et c’est lié, qu’est ce que l’Amour? Que contient finalement ce concept que l’on utilise à tout va depuis des siècles? L’Amour représente t-il simplement le sentiment amoureux, ou encore ce que ressentent (en principe) les parents pour leurs enfants? Ou serait-il plus complexe que cela? Le fait d’accepter autrui, avec toutes ses différences (physiques, religieuses ou spirituelles, culturelles etc.), n’entre t-il pas dans ce qu’est l’Amour?  Ne serait-il pas aussi présent dans une accolade ou un sourire sincère à un ami ou un inconnu? Ne se retrouverait-il pas dans un repas préparé pour quelqu’un, dans des activités bénévoles, dans une écoute attentionnée envers autrui?

Posons-nous sincèrement la question : comprenons-nous ce qu’est réellement l’Amour? Ne l’avons-nous pas infiniment simplifié, restreint, étouffé? Pourrons-nous même le comprendre un jour, tant il semble potentiellement infini?