Rémunérer les auteurs

J’adore les livres.

J’aime les lire, évidemment, mais j’aime également être auprès d’eux, les voir, les toucher.

À la maison, nous avons une grande bibliothèque dans le salon, à la place habituellement réservée à la télévision.

Je suis une grande adepte du livre d’occasion, bien que je l’aime en très bon état. On peut donc facilement me croiser dans un Gibert Joseph, chez Boulinier, ou encore dans des brocantes.

Cependant, j’achète parfois du neuf. C’est le cas lorsqu’il est difficile voire impossible d’acquérir un exemplaire du livre convoité en seconde main, mais il y a une autre raison.
En effet, les auteurs, qui sont déjà très peu rémunérés par le livre neuf, ne perçoivent rien lorsqu’un exemplaire est acheté d’occasion (même s’il semble y avoir des discussions à ce sujet). 

On pourrait se dire que l’auteur a déjà été rémunéré lorsque l’occasion a été achetée neuve par son premier propriétaire. C’est vrai.

Néanmoins, je crois que lorsque l’on apprécie le travail d’un auteur, et que cela nous est possible, nous pouvons faire ce geste. Un geste de reconnaissance, de soutien. 

C’est ainsi que, très récemment, j’ai fait le choix d’acheter neuf le livre Beauté Fatale de Mona Chollet (enfin…). J’estime que le travail fourni le mérite amplement, et je souhaite y contribuer à mon échelle. Il est pourtant disponible en occasion et, mieux encore, en accès gratuit sur le site de l’éditeur. C’est pourtant ce dernier point qui a encouragé mon geste : l’auteure a fait le choix de laisser son travail accessible gratuitement au plus grand nombre, de le partager sans contrepartie. Je trouve ça louable et très beau, également de la part de cet éditeur engagé.

J’ai donc fait mon petit geste de colibri, envers quelqu’un dont je veux soutenir le travail.

Boussole interne et diffusion de l’Amour

On n’aime pas écouter notre Boussole interne. Peut-être parce que, souvent, elle veut nous amener à servir autrui plutôt que nous-même. Peut-être parce qu’elle nous pousse à chercher ce que l’on peut apporter aux autres, plutôt que de trouver un boulot qui nous rapportera plus et immédiatement (notamment en terme de reconnaissance).

Elle nous rend vulnérable. Elle nous pousse à donner, à aimer notre prochain. Elle nous pousse à nous ouvrir à l’autre, à nous mettre en danger pour l’autre. Elle nous pousse à essayer de comprendre l’autre, d’apprendre à le connaître. Autant de choses que ne nous enseigne pas, voire rejette et dénigre, notre société. La vulnérabilité est pointée du doigt, on l’évite, on la fuie. Nous sommes incités à uniquement prendre, à consommer tout et même les autres (en sachant qu’un produit de consommation est par nature éphémère puisqu’il se consomme), à n’aimer que nous même, à rester centré sur nous-même.

Pourtant, ce vers quoi notre boussole veut nous guider est peut-être tout ce qu’il manque à ce monde : l’amour, dans son sens le plus profond.

J’ai entendu, il y a peu de temps, une philosophe allemande au CV impressionnant (élève d’Habermas – théoricien en philosophie éthique, études à Harvard, enseignante à Yale) dire qu’il fallait accepter que l’autre soit différent et vive une vie différente. J’était plutôt d’accord, jusqu’à ce qu’elle dise « on n’est pas obligé de s’aimer »… Ces mots m’ont scotchée sur place. Je n’imaginais pas qu’une personne avec un tel CV puisse dire une chose pareille, notamment une philosophe. Je m’explique.

Tout d’abord, il faut souligner que je suis forcément attentive à ce qu’un philosophe, c’est à dire une personne qui développe et travaille des concepts, va dire. Ensuite, et c’est lié, qu’est ce que l’Amour? Que contient finalement ce concept que l’on utilise à tout va depuis des siècles? L’Amour représente t-il simplement le sentiment amoureux, ou encore ce que ressentent (en principe) les parents pour leurs enfants? Ou serait-il plus complexe que cela? Le fait d’accepter autrui, avec toutes ses différences (physiques, religieuses ou spirituelles, culturelles etc.), n’entre t-il pas dans ce qu’est l’Amour?  Ne serait-il pas aussi présent dans une accolade ou un sourire sincère à un ami ou un inconnu? Ne se retrouverait-il pas dans un repas préparé pour quelqu’un, dans des activités bénévoles, dans une écoute attentionnée envers autrui?

Posons-nous sincèrement la question : comprenons-nous ce qu’est réellement l’Amour? Ne l’avons-nous pas infiniment simplifié, restreint, étouffé? Pourrons-nous même le comprendre un jour, tant il semble potentiellement infini?

Guidée par la foi

Il y a quelques jours, je discutais avec quelqu’un de tout un tas de choses concernant notre domaine de travail. Puis, nous sommes arrivées à mon histoire. Je lui ai fait part de ma décision de changer de domaine, et du chemin que j’avais entamé pour le faire. Et ça n’a pas loupé, elle m’a sorti une phrase commençant par « c’est pas pour te décourager mais… », pour m’expliquer qu’elle connaissait des personnes qui ne trouvaient pas de boulot dans ce milieu. Au final, elle se disait que c’était impossible d’en faire quelque chose, parce que deux ou trois personnes de son entourage y avaient échoué. Je l’ai regardée avec un sourire, puis lui ai répondu quelque chose de vague…

En réalité, j’aurais dû lui dire la seule et unique chose qui me paraît claire : je suis guidée par la foi. Je suis guidée par une foi en mes convictions et, surtout, une foi sans limites en ce qui me pousse à faire ce que je fais. J’arrive à un moment de ma vie où je sens que je ne pourrai plus faire de concessions dessus. Elle n’aurait peut-être pas mieux compris… M’enfin…peu importe. Aujourd’hui et ici je voulais revenir sur cette question de la foi comme guide. Notamment parce qu’à l’instant j’ai eu à l’expliquer, en partie, à l’une de mes anciennes étudiantes.

J’en parle souvent à mon entourage : l’une des questions les plus populaires posées aux coaches de vie etc. est « comment trouver sa passion » ou encore « comment choisir sa carrière ». Et je trouve ça triste… Je trouve ça triste car ça montre à quel point beaucoup de personnes ne savent pas qui elles sont et ce qu’elles aiment. Elles vont alors demander à une personne extérieure, qui ne les connaît sans doute pas et ne les a peut-être jamais vues, comment trouver ce à quoi elles consacreront leur propre vie…

Or, en écoutant ce qui se passe au fond de nous-même, en faisant abstraction du bruit extérieur, on peut trouver les réponses à nos « questions existentielles ».

Tu n’as pas à demander à quelqu’un ce que tu as à faire et quel sens donner à ta vie. Tu le sais.

Seulement, on tourne souvent autour du pot, on essaie de trouver des alternatives, on fait des compromis avec nous-même. On tergiverse. Le besoin d’argent peut aussi inciter à prendre telle ou telle direction, car il en faut pour vivre et certaines carrières permettent difficilement d’en gagner. On peut encore être attirée, durant un temps, par le simple « prestige » d’une profession. Parfois, c’est la peur qui guide : peur d’échouer ou de se tromper (encore) par exemple, peur de s’avouer qu’on voudrait faire telle ou telle chose (qui implique notamment tout un changement de cap, qui peut être long et fastidieux), peur du jugement (surtout lorsqu’une passion demande de s’exposer), etc. On peut ne trouver aucun métier (« classique ») qui correspond à la vision qu’on a, avoir du mal à entrevoir la forme que ça doit prendre.

Mais soyons sincères : quel est le prix à payer pour avoir passé une vie entière à côté de soi? Pour être passée à côté de la personne que l’on est durant toute notre existence? Ou plutôt, ne paierons-nous pas de notre vie ce manque de courage, ce manque d’égard envers nous-même? Attendons-nous vraiment les derniers regrets sur le lit de mort pour nous rendre compte que nous ne faisons pas les bons choix?

Je pense qu’on sera toujours amenée à se poser des « questions existentielles » tant qu’on ne fera pas le choix de se laisser guider par ses tripes. Il faut du courage et, clairement, beaucoup de travail.

Aussi, pour certains domaines, on entend « c’est bouché » ou « ça rapporte pas d’argent ». Ce n’est pas nouveau, d’autant que certains répètent facilement les choses sans fondement qu’ils ont entendu ici et là (ça leur fait simplement du bien de décourager l’autre parfois). On voit pourtant des gens passionnés qui créent, et excellent même, dans ces domaines! Il y a toujours des exceptions, ça aussi on le sait ou on devrait. Ces exceptions, ce sont peut-être justement ceux qui 1) ont cru en eux-même et en la possibilité de faire quelque chose de leur passion et 2) ont travaillé comme des malades. J’insiste encore sur ce 2nd point car, étrangement, nombreux sont ceux qui ne le comprennent pas et qui, notamment, parleront de « chance » ou de « don ».

La boussole est interne, il faut en être certaine et avoir foi en elle. Toutes les personnes que l’on pourra croiser (famille et amis proches compris) sont extérieures à ça. Elles ne comprendront pas forcément ce qu’on fait et/ou n’y croiront pas. Mais ce n’est pas important, d’autant que ça ne pourra éventuellement les concerner qu’indirectement.

Il s’agira donc de travailler en vérifiant constamment cette boussole pour s’assurer que l’on reste sur la bonne direction, et en faisant abstraction du reste.

La lecture comme source

La lecture, c’est pour les autres?

Je suis toujours étonnée et agacée de tomber sur des gens qui croient que, pour être un lecteur, il faut avoir une sorte de don pour ça… À les entendre, on naît lecteur. Le bébé naît avec un livre entre les mains, ou pas… Il est donc un lecteur en devenir, ou pas…

Certes, les enfants dont les parents ont une bibliothèque et lisent partent avec un avantage. Mais on s’y met à tout âge, en lisant des choses qui nous plaisent.

Le problème, je crois, c’est ce besoin de concentration que demande la lecture. Pour lire, il faut être capable se concentrer. Je conçois bien qu’aujourd’hui c’est un peu plus difficile : internet et toutes les informations que nous recevons sans cesse ne nous aident pas. C’est facile de regarder des photos, des images et des vidéos, d’autant qu’elles sont toutes à notre portée via notre téléphone, du réveil au coucher et à n’importe quel moment de la journée. Ça ne nous demande aucun effort, juste…du temps, beaucoup de temps. Mais sincèrement, quels seniors et vieillards nous ferions après des dizaines d’années de gavage, à s’abreuver d’images? Images qui, souvent, ont pour seule vocation de nous rendre de plus en plus bêtes, de moins en moins aptes à réfléchir et à remettre en cause le fonctionnement d’une société voire du monde. Parce que c’est exactement ce que l’on ne veut pas : que les gens aient un esprit critique, remettent en cause des systèmes bien établis et qui fonctionnent bien (car ils rapportent à un petit groupe), se révoltent. Alors, on crée de quoi nous occuper. On invente des plateformes et des réseaux entiers d’informations inutiles qui s’enchaînent de partout et sont accessibles à tous. On nous entraîne à la déconcentration, à la distraction, et à la consommation.

C’est d’ailleurs très significatif que, sur internet, on mette un « temps estimé de lecture » (qui se veut le plus court possible) au début de certains articles, mais pas de chronomètre sur les réseaux sociaux.

Cela étant dit, nous faisons le choix de nous abreuver d’images ou de lire/nous entraîner à lire. C’est une décision, sauf qu’elle est souvent prise inconsciemment, mécaniquement, comme beaucoup d’autres qui opposent la facilité et l’effort.

Je suis convaincue que la liberté est dans les livres, tout en étant contre cette course qui consiste à lire vite et un maximum. Encore une chose dictée par cette société qui prône la performance, la vitesse et la quantité. Il me semble qu’une lecture ne prend de la valeur que si on la laisse décanter, et je ne suis pas sûre que notre organisme soit toujours fait pour la vitesse. Le mieux, je crois, est de lire à notre rythme des livres qui nous apporteront des idées, de nouvelles informations qui étofferont une réflexion. De nouvelles informations qui nous permettront d’être critiques et capables de faire des choix consciemment et pour nous-même.

Ensuite, il faut bien choisir ses lectures, mais ça c’est une autre histoire.

Se (re)trouver – Une vie en accord avec la personne que l’on est

J’avais envie d’écrire ce que je pense du fait de se (re)trouver, de manière souple, sans chercher à être parfaite. Je vais surtout mettre l’accent sur cette épreuve, qu’on expérimente parfois, quelle qu’elle soit, et qui retentit sur tout le reste de notre vie.

De l’enfance à l’âge adulte, on traverse de nombreuses étapes, sans même le comprendre. Je vois ce chemin comme un tunnel qui rétrécit, à travers lequel il va falloir lâcher des choses, laisser des petits bouts de son âme, et parfois s’abandonner soi-même.

L’enfance est un état de vie qui nous permet de rêver sans barrières, de rêver le monde, la vie. C’est un état dans lequel, en principe, notre créativité et notre imagination sont au summum, dans une quasi-totale absence de peur.

Malheureusement, au fur et à mesure, beaucoup de facteurs peuvent restreindre ces capacités voire les anéantir. Les parents peuvent rejeter sur l’enfant leurs frustrations, leurs craintes, leurs regrets. Ils sont souvent eux-mêmes dépassés. Or, l’enfant a confiance en ses parents, c’est eux qui dictent ce qu’il faut ou ne faut pas faire, qui apportent les premières barrières et règles. De plus, c’est d’abord auprès d’eux qu’il recherche une première forme de reconnaissance. Il veut les rendre fiers.

En plus du comportement des membres de la famille, les images, sons et pensées du monde extérieur (bien représenté par les médias) se font envahissantes.

Sur ce chemin, au fur et à mesure, il devient difficile d’entendre nos propres pensées, ces pensées indépendantes qui planent sans entraves. Et rares sont ceux dont l’entourage mettra tout en oeuvre pour qu’ils puissent s’accaparer et apprivoiser leur personnalité et leur caractère, développer consciemment leurs propres valeurs, s’écouter et savoir à quoi ils voudront dédier leur vie.

C’est comme ça que nous nous laissons happer. Nous ne nous oublions pas puisque nous n’avons pas appris à nous connaître. Nous ne savons pas ce que nous aimons, ce qui nous passionne et nous fait vibrer, ce à quoi nous aspirons. Nos rêves? Nous ne nous souvenons pas en avoir eu un jour…

Il faut travailler, payer ses factures. Tout cela dans un monde où il vaut mieux avoir un titre et entrer dans les standards de beauté pour être reconnu et « exister ». Comme des machines, on acquiert des automatismes. On erre dans le temps et l’espace. Et on s’en contente en appelant ça « la vie ».

Jusqu’à ce qu’on se heurte à quelque chose que certains appelleront « échec », à une maladie ou un accident, au décès d’un être cher.

Pour les plus attentifs, l’expérience sonnera comme un gong. Une alerte pour nous pousser à nous (r)éveiller, car rien n’arrive par hasard. La mission que l’on nous confie à cet instant précis est claire : prendre les décisions qui doivent être prises, changer ce qui doit être changé. Tout cela en faisant un choix, global et essentiel, principal et primordial, entre deux opposés : mettre notre vie en accord avec notre personne (mais quelle personne? quelle personnalité? quels traits de caractère? quelles valeurs? quelle passion? quel rêve?) ou continuer à s’ignorer.

Décider de mettre sa vie en accord avec sa personne (après avoir pris le temps de la connaître), c’est tout simplement faire le choix de vivre. C’est construire une existence solide et lumineuse, qui apportera la satisfaction à laquelle chacun aspire. La vision s’éclaircit, la relation avec soi est remodelée, plus souple, les interactions avec les autres deviennent plus simples.

Tout cela prend du temps, demande de l’engagement et du sérieux. Quant au bonheur quotidien, il n’est pas assuré pour autant car il s’en va parfois. Mais, c’est la vie qui prend tout son sens. Et mieux vaut tard que jamais.